Je suis amoureuse de l'art sous toutes ses formes, surtout les plus dérangeantes, celles qui nous font nous interroger et remettre en question le monde qui nous entoure, le regard que nous portons sur lui et sur nous même.
Au-delà de l'aspect quasi philosophique de l'art, je ne peux pas le détacher de son attrait esthétique. Il y a actuellement un mouvement culturel en plein épanouissement qui me parle beaucoup à ces deux niveaux : le Steampunk.
Pour ceux qui ne connaissent pas, le Steampunk est à l'origine un style littéraire basé sur l'uchronie "Si la technologie s'était développée autour de la machine à vapeur"; d'ailleurs la traduction du terme "Steampunk" est "Punk à vapeur".
Cet article n'a pas pour but de vous présenter ce mouvement, je vous invite à vous en référer à l'article Wikipédia qui en parle plutôt bien ainsi qu'à divers sites que vous pourrez trouver sur la Toile si cela vous intéresse.
En réalité, j'ai envie de vous parler d'un artiste horloger : Eric Freitas.

Ce monsieur crée des horloges tout droit sorties d'un sombre monde parallèle où le temps n'a pas la même signification que dans le notre.
Je vous laisse admirer son magnifique travail :
Voici une interview faite par le magazine Elegy (n°68) :

Vous dites de vos horloges qu'elles sont le reflet de vos obsessions visuelles passées, pourriez vous préciser ?

Personne ne peut échapper au fait que nos expériences sont une toile qui influence nos émotions vers une esthétique ou une autre. Je crois que les artistes ont tendance à se concentrer sur ce qu'ils trouvent intéressant, non seulement au niveau analytique, mais aussi à un niveau très intuitif. Les choses qui vous obsèdent finissent par refaire surface naturellement dans vos créations. Quand j'étais petit mon frère ainé m'a intéressé à la calligraphie et j'ai vécu sur un chemin abandonné en face d'une grande foret du Michigan, et mon père était mécanicien. Je ne sais pas si c'est ce mélange nature-mécanique qui ressort dans mon travail aujourd'hui. C'est surement une explication facile et confortable, car les choses qui déterminent vos goûts sont plus nuancées, voire enfouies. Tout ce que je sais, c'est que lorsque quelque chose m'accapare, il m'est impossible de m'en débarrasser, même quand je ne devrais pas. Et je crois que cette même concentration obsessive se retrouve quand je crée. Elle m'aide à garder une idée pour qu'elle ne cesse de s'appliquer tout au long du processus d'horlogerie.

Vous définissez vos mécanisme comme "des répétitions organiques de la machine qu'est la nature". Vous semblez avoir une volonté d'imiter la nature pour parfaire vos rouages? Est ce accorder plus d'importance à la nature ou à la mécanique ?

Je n'en privilégie aucun, mais je trouve intéressant de les mélanger. Tous les deux ont en eux une répétition magnifique. Ils s'accordent mieux qu'on ne le pense et j'aime flouter la frontière entre les deux. Dans la plupart de mes horloges mécaniques, les rouages semblent organiques. Dans ma toute dernière création, Mécanique n°7, il y a des centaines de vis non fonctionnelles qui s'accumulent au hasard des engrenages, sur toute la surface, comme des coquillage ou de la mousse. Cela vous donne l'impression étrange que la nature et la mécanique semblent se copier ou s'adapter l'une à l'autre. Je trouve également ironique que la nature semble pré-programmée et presque mécanique, tout en apparaissant chaotique. Tandis que les gens, qui sont capable de pensée originale et de créer des histoires, semblent néanmoins graviter vers la perfection de l'ordre et un besoin agaçant de tout catégoriser.

Quel serait pour vous le projet le plus fou que vous aimeriez réaliser ? Reconstruire Big Ben ?

J'aimerais, un jour, créer une horloge qui n'implique ni main ni chiffres. Ou trouver le moyen de donner l'heure de manière plus subtile. Par exemple, par de légers tintements qui changeraient de son selon l'heure du jour, ou des engrenages qui s'ouvrent et remuent légèrement, même pourquoi pas par des mouvements soudains et spontanés. Si je pouvais créer ça à grande échelle, que l'on puisse même passer au travers d'une horloge, ce serait mon rêve fou incarné.
On verra... Ça dépasse la connaissance et tout le travail possible. Mais on ne sait jamais.

 


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